Full Metal Jacket

Full Metal Jacket
"Je suis dans un monde de merde, mais je suis vivant."

Full Metal Jacket


Réalisateur : Stanley Kubrick

Acteurs : Matthew Modine, Lee Eermey, Arliss Howard...

Synopsis :
Pendant la guerre du Vietnam, la préparation et l'entrainement d'un groupe de jeunes marines, jusqu'au terrible baptême du feu et la sanglante offensive du Tet a Hue, en 1968.

MON AVIS :

La première partie de ce film est restée célèbre : un instructeur qui ne mâche pas ses mots forme quelques dizaines d'élèves à devenir des tueurs, par l'abrutissement, les humiliations et la frustration (sexuelle et autre), en chantant des chansons de marines à la con, en les insultant perpétuellement, en flattant leurs plus bas instincts. Je ne reviens pas sur cette première partie sordide et magistrale. On en oublie presque la deuxième partie, que moi j'ai trouvé essentielle : ce que deviennent ces "tueurs" une fois lâchés dans la nature.
Que deviennent-ils ? des brutes sanguinaires, des affamés de sexe, des machines à cracher les balles ? des mégalos (exemple le gars qui dit "nous sommes des géants vêtus de vert qui parcourons la terre avec des flingues"), des lâches qui ne peuvent tuer que de loin ? mais aussi et surtout des braves gars (si si, des braves gars) pris dans quelque chose de profondément absurde qui les dépasse de très haut. N'oublions pas que la guerre du Vietnam a été aussi sinon plus stupide que la guerre d'Irak, puisqu'elle n'était même pas motivée par des principes économiques mais stratégiques et idéologiques. D'ailleurs à l'interview des soldats, aucun ne sait pourquoi il se bat, même si certains répondent : "la liberté". La liberté de qui ? De quoi ? Pour qui ? Pour quoi ? C'est la question que pose le film. Le monde occidental a donc formé des machines à tuer et pourquoi ? Pour apporter, imposer à des peuples une liberté dont ils ne veulent pas.
Non seulement les motifs de la guerre sont absurdes, mais les moyens de la faire le sont encore plus : on se poste dans un coin, on charge son fusil et on tire sur tout ce qui bouge, là-bas, au loin. On ne voit pas l'ennemi, on le discerne à peine, mais on tire des flots de balles (quel déluge de douilles !!). Femmes, enfants, tout le monde y passe. Pas d'héroïsme dans cette guerre, pas de coups d'éclat, pas de corps-à-corps, on ne voit l'ennemi qu'une fois qu'il est mort. C'est le moment alors de se livrer au racisme, aux moqueries immondes, d'autant plus immondes que leur objet est mort.
La scène avec la jeune Vietnamienne est donc une exception, et de taille. C'est la première fois que ces marines sont confrontés réellement à la réalité de la guerre : les ennemis également sont des êtres humains. C'est là que le héros, Joker, fait réellement preuve de courage, car il ne s'agit plus de tirer au loin, pour survivre ou pour défendre ses camarades, mais de faire un don à un être humain et de surmonter les divisions des camps, des idéologies, du racisme, etc. Les héros de Kubrick ont ceci de fascinant qu'ils sont à la fois très faibles et très forts...
Bref, un film qui vous prend aux tripes. C'est à vous dégoûter à jamais de la guerre... A mon avis George W. ne l'a pas vu.
# Posté le jeudi 02 février 2006 04:30
Modifié le vendredi 03 février 2006 11:09

Pause 6

Ca y est ! le Festival de Sundance a tranché !! (mon festival préféré) Donc A Guide to Recognize your Saints et In Between Days sont les grands gagnants. A quand leur sortie en France ???
Alors question numéro 6 !!
Les suites les plus pouraves que vous ayez jamais vues ?

De cinefan, posté le Vendredi 03 février 2006 à 21:24 :
Yen a bcp... Je dirais Cube 2
De Michael, posté le Dimanche 05 février 2006 à 12:04
Pareil que Jerem' lol Cube 2 une honte, avant d'être une oeuvre...
# Posté le vendredi 03 février 2006 11:16
Modifié le lundi 20 mars 2006 11:16

Munich

Munich
"Pour tout ce que vous faites, il y a quelqu'un d'autre qui paie."

Munich


Réalisateur : Steven Spielberg

Acteurs : Eric Bana, Daniel Craig, Ciaran Hinds, Mathieu Kassovitz

Synopsis :
Dans la nu
it du 5 septembre, un commando de l'organisation palestinienne Septembre Noir s'introduit dans le Village Olympique, force l'entrée du pavillon israélien, abat deux de ses occupants et prend en otages les neuf autres. 21 heures plus tard, tous seront morts, et 900 millions de téléspectateurs auront découvert en direct le nouveau visage du terrorisme.
Après avoir ref
usé tout compromis avec les preneurs d'otages, le gouvernement de Golda Meir monte une opération de représailles sans précédent, baptisée "Colère de Dieu". Avner, un jeune agent du Mossad, prend la tête d'une équipe de quatre hommes, chargée de traquer à travers le monde onze représentants de Septembre Noir désignés comme responsables de l'attentat de Munich. Pour mener à bien cette mission ultrasecrète, les cinq hommes devront vivre en permanence dans l'ombre...

MON AVIS :

Israël/Pal
estine, un conflit de bientôt 50 ans, opposant deux cultures, deux religions, deux conceptions d'une nation. Sujet très très très délicat, donc, sujet à polémique depuis de nombreuses années (je voudrais pas me mettre les israëliens à dos, mais c'est vrai que faire revenir un "peuple" fondé sur une religion commune dans des terres qu'il n'habite plus depuis 1900 ans, c'est bizarre historiquement, mais bon). Spielberg est juif, ce qui risque fort de lui attirer de vives critiques s'il prend un parti trop marqué. Le voilà donc réduit à faire un numéro d'équilibriste entre les deux opinions, entre israëliens et palestiniens, mais aussi entre le documentaire et la fiction, entre le grand spectacle et un souci de réalisme humain. Côté politique, le film présente les deux positions et hésite nettement à prendre parti, même si la balance a tendance à pencher plutôt vers Israël, mais cela tient beaucoup au fait de présenter des héros israëliens. Côté historique, à part la reconstitution très précise des attentats de Munich, il ne faut pas se laisser abuser par la mention "inspiré de faits réels" : c'est très largement inspiré ! La fiction prend le pas sur le documentaire (tant mieux, c'était pas le but), imposant ses règles, ses conventions, etc. Bref, si on cherche dans Munich un film pouvant nous éclairer sur le conflit israëlo-palestinien et sur le terrorrisme international, on est un peu sur sa faim. Tout s'éclaire si on dépasse les apparences pour regarder l'universel.
Lai
ssons tomber 5 minutes Israël et la Palestine pour regarder simplement deux nations qui s'affrontent. Oublions le contexte historique et voyons les hommes. Au centre de tout, une bataille sourde, larvée, dont le but est clairement de se rallier l'opinion publique mondiale, bataille tout autant médiatique que réelle. Et à côté, des tueurs humains, des victimes humaines, ennemis et alliés tous très humains : Spielberg évite l'écueil du manichéisme bête. (raaaah la scène de la terrasse !!) Bref, des gens bien agissant tous pour ce qui leur paraît être de bonnes raisons, le pire ce que ce sont de bonnes raisons, mais créant, par leur mode d'action, une absurdité fondamentale : des gens qui se croisent, se parlent, se sourient, s'apprécient même (voir la chanson de Piaf : "des millions d'amoureux...", qui n'est pas là que pour faire couleur locale), obligés, par une espèce d'instance supérieure dénommée la Nation, de s'entretuer ! Non-sens absolu, surtout que cette violence ne mène à rien : tous les morts sont remplacés peu à peu, Ali l'annonce : "nous avons des enfants et ils auront des enfants... Nous finirons par vaincre." Mais Ali se trompe, car personne ne finira par vaincre. Tout acte de violence, Spielberg le montre assez, a des conséquences irréversibles et incontrôlées ; de chasseur Avner devient proie, comme ses amis et sa famille. La vengeance est un cercle infernal d'où nul ne peut sortir. Aussi les plans finissent par montrer un Avner seul, délaissé au milieu d'un monde sur le point de s'écrouler (pensez à ce plan sur les 2 tours).
Eric Bana se révèle être un très bon acteur, Mathieu Kassovitz ferait bien de le rester (acteur je veux dire) et si franchement Spielberg tombe parfois dans des clichés sur l'Europe passablement énervants (y'a jamais eu de marché devant la tour Eiffel depuis au moins les années 30 bon sang ! Et je me demande comment on fait pour sortir de Paris et se retrouver en France profonde aussi vite, même dans les années 70), on se rassérène en pensant que c'est le propre des cinéastes américains ! Spielberg réussit son numéro de funambule, et s'il trébuche un peu, il reste sur son fil, et ce film reste un bon film, sans être un chef d'oeuvre cependant. C'est une prière, un plaidoyer pour une des rares valeurs que tous les peuples reconnaissent pour elle-même : la paix.


Vidéos
Site officiel
# Posté le samedi 04 février 2006 13:20
Modifié le vendredi 10 février 2006 08:26

le Roi Arthur (ou le prototype absolu des films que j'aime pas !)

le Roi Arthur (ou le prototype absolu des films que j'aime pas !)
Moi, experte de Chrétien de Troyes, je m'en vais vous parler du Roi Arthur, ou "comment, en voulant démolir une légende, on s'enfonce dans le cliché, illusion pire que celle des myhologies.."


Réalisateur (nommons-le pour pouvoir déclencher sur lui la furie de la foule) : Antoine Fuqua

Acteurs : je ne les nomme même pas, je ne voudrais pas leur porter préjudice, après tout ce ne sont pas eux qui ont écrit le script

Synopsis : la "véritable histoire" du Roi Arthur, renommé général Artorius par souci historique... Les chevaliers de la Table Ronde sont des chevaliers sarmates, Merlin un chef de guerre picte, Guenièvre une fougueuse guerrière picte à forte poitrine.

MON AVIS :

A mon avis, il est trois sortes de films nuls : les comédies romantiques par trop stéréotypées, les films débiles d'humoristes qui veulent balancer leurs vannes sur grand écran, et la troisième sorte, la pire de toutes, est le film à grand spectacle ricano-ricain avec jolies filles à fort décolleté et sentiments éternels dans le combat et la fureur ! Le Roi Arthur est un spécimen du genre, breveté, étiqueté ; rien n'y manque : le héros chevaleresque, la fille canon ardente, les méchants très méchants, une amitié menacée, un peuple en danger... et "Tous unis pour la liberté !" (on croirait entendre George W.)
Voilà l'ambition du film : décrire l'Histoire, la réalité, ce qui s'est vraiment passé. Avec le sans gêne habituel de ces caricatures d'amerloques destructeurs de culture, on efface sans pitié le valeureux roi Arthur, né d'Ygerne et d'Uter Pendragon, conseillé par Merlin et appuyé des aventureux chevaliers de la Table Ronde. A la place, on installe Artorius. Artorius est grand, Artorius est beau, Artorius est cultivé, Artorius est héroïque (jusqu'à l'idiotie, précisé-je), Artorius a de grandes idées de liberté et d'honneur. Exit la blonde et gracieuse Guenièvre, fille de Léodagan, qui ne trompe son époux que pour le courtois Lancelot. Voilà Guenièvre numéro 2, brune, picte, sauvage, fougueuse, peinturlurée en bleu et ayant pour toute vêture quelques bandelettes de cuir, dont, ô miracle ! une placée juste sur les seins (on est dans un film américain, tout de même). Adios les compagnons en quête de gloire de la Table ronde. Voilà les chevaliers sarmates, une bande de soudards, du gentillet Lancelot à Bors qui, vu le nombre de ses enfants, a une vie sexuelle bien remplie, Dagonet la brute de base et Tristan sournois chevalier associé à un vautour (mon dieu pauvre Iseult !). Et tout ce beau monde a pour mission sacrée de protéger la liberté du peuple picte contre de méchants Saxons !
Et donc, combats, regards graves, discours passionnés, violons à gogo, gros plans sur les seins et les cuisses de Guenièvre, allusions maladroites à la légende (Excalibur, par exemple), et surtout valeurs transcendantales ; "Tous unis pour la liberté !"
Et vive l'Histoire !

C'est très simple : pour moi nous touchons ici au niveau zéro du cinéma. Même un bon film débile genre La Beuze ou Double Zéro est mieux, car il a le grand avantage de SE SAVOIR débile. La seule qualité que je reconnais à ce navet est un bon travail de reconstitution au niveau décors et costumes.
Sinon, ce film représente le mauvais côté de l'Amérique, celle qui élit joyeusement Reagan et Bush père et fils, celle qui s'abreuve de films de guerre, celle qui déclare qu'il existe des gènes de la foi et de l'homosexualité : l'Amérique-s'en-va-t-en-guerre, qui se cherche des grandes causes, qui s'impose aux peuples "pour la liberté". NON, ceci n'est pas l'Histoire. Ceci est une vision étroite du monde, d'un monde subdivisé avec d'un côté les faibles victimes, de l'autre de féroces ennemis, et au milieu de vaillants défenseurs qui défendent la paix par la guerre. Au fond, une autre légende. Bien plus creuse que la première, car si tout y exalte l'honneur, rien n'y appelle au rêve ou à l'imaginaire. Et, pour peu qu'on la présente comme réelle, bien plus dangereuse.
# Posté le vendredi 10 février 2006 07:51
Modifié le vendredi 10 février 2006 08:25

Les films encore à l'affiche que je vous conseille d'aller voir SUR LE CHAMP !!! 3) Le secret de Brokeback Mountain

Les films encore à l'affiche que je vous conseille d'aller voir SUR LE CHAMP !!! 3) Le secret de Brokeback Mountain
OK, OK, j'ai pris un peu de retard, je suis partie en vacances, un peu d'indulgence !!

"I don't know how to quit you !"

LE SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN

Réalisateur : Ang Lee

Acteurs : Jake Gyllenhaal, Heath Ledger, Michelle Williams

Synopsis :

Eté 1963, Wyoming.
Deux jeunes cow-boys, Jack et Ennis, sont engagés pour garder ensemble un troupeau de moutons à Brokeback Mountain.
Isolés au milieu d'une nature sauvage, leur complicité se transforme lentement en une attirance aussi irrésistible qu'inattendue.
A la fin de la saison de transhumance, les deux hommes doivent se séparer.
Ennis se marie avec sa fiancée, Alma, tandis que Jack épouse Lureen.
Quand ils se revoient quatre ans plus tard, un seul regard suffit pour raviver l'amour né à Brokeback Mountain.

MON AVIS :

"Beuwaaah, Western Gay, nimp", disent les gens qui n'ont rien compris au film et qui en général ne l'ont pas vu. Evidement, s'il ne s'agissait que d'un film à l'eau de rose genre une histoire d'amour passionnée entre John Wayne et Clint Eastwood, on aurait le droit de sourire. Mais il n'en est rien. Ce film conte l'attirance de deux êtres complexes, humains, pas du tout chochottes. Peu importe, à la rigueur, que ce soit deux hommes. L'essentiel, c'est que leur amour soit définitivement impossible...
Ang Lee revient ici de manière subtile sur un thème qui nous touche profondément : l'absence, la séparation, le lourd souvenir de deux mois de bonheur pendant vingt ans de discrète souffrance. Pour un été de plénitude, une vie de déchirement. Ce que je trouve également très bien, c'est que ce couple n'est jamais parfait. Les deux sont égoïstes, égocentriques, et pourtant attachés indéfectiblement à l'autre - pour leur malheur réciproque. Ils ne sont pas non plus typés gays comme s'ils ne pouvaient rien être d'autre (ça m'énerve particulièrement les gens qui pensent que les habitudes sexuelles définissent une personne grrr) : tous deux s'intéressent autant aux filles qu'aux mecs (ouf, la gent féminine se rassure lol).
Même si parfois les images tendent vers la carte postale (surtout au début), le film est touchant, subtil, profond, universel. Les spectateurs ressentent la même mélancolie tout au long du film, la nostalgie du bonheur perdu et inaccessible, le vide impossible à combler de ce serment vain final :"I swear you, Jack..."
# Posté le vendredi 10 février 2006 07:55
Modifié le mardi 03 juillet 2007 15:05